Catégorie : Semiologie

  • IA et recherche qualitative : pourquoi le “scale” ne signifie pas gigantisme


    L’article récent de Harvard Business Review https://hbr.org/2026/04/how-ai-helps-scale-qualitative-customer-research consacré à la manière dont l’IA aiderait à “scaler” la recherche qualitative a mis en valeur un contresens : croire que l’échelle signifie forcément gigantisme

    Le premier malentendu tient au mot même de “scale”. Beaucoup entendent derrière lui une course aux très grands nombres, comme si le qualitatif devait désormais prouver sa valeur en atteignant des volumes comparables à ceux du quantitatif. L’enjeu du Big Qual n’a jamais été de viser des échantillons astronomiques. Ce qui compte, c’est l’atteinte d’une masse critique suffisante pour faire apparaître des régularités, des contrastes, des exceptions, des récurrences symboliques ou culturelles.

    Autrement dit, l’échelle n’a de valeur que si elle permet de voir plus finement la diversité des vécus, des contextes, des registres d’expression, des imaginaires et des systèmes de représentation. Dans cette perspective, l’échelle devient une condition de mise en visibilité de la complexité.

    Une deuxième confusion traverse le débat : la tendance à identifier le qualitatif à sa forme la plus canonique, c’est-à-dire l’entretien humain approfondi, mené par un modérateur expérimenté. La tradition qualitative est aussi une tradition d’élargissement des matériaux : observations, récits, journaux, traces, textes, images, discours médiatiques, productions culturelles, interactions sociales, mises en scène marchandes, objets visuels, pratiques. Ce que nous appelons Big Quali, c’est précisément la capacité à articuler cette diversité de matériaux et à multiplier les angles et focales d’analyse comme l’explique Dominique Desjeux, Professeur émérite d’anthropologie à l’Université Paris Cité et à la Sorbonne, qui invite à combiner les « échelles d’observation ».

    Ce que l’IA change réellement : une extension du terrain d’exploration

    À cet égard, l’IA permet de travailler sur des masses documentaires, discursives, visuelles et symboliques qui excèdent les capacités de lecture manuelle traditionnelles. Le défi n’est donc pas de “scaler” le qualitatif comme on industrialise une procédure. Le défi est d’utiliser l’IA pour élargir le champ du visible, sans renoncer à ce qui fait la force du regard qualitatif : l’attention aux nuances, aux contextes et aux couches de signification.

    En définitive, l’IA semble pertinente dans au moins deux grands registres du quali.
    – Le premier est celui de l’auto-administré à grande échelle. Il permet de sortir d’un qualitatif artisanal, souvent contraint par un nombre limité de questions et d’interviewés, sans basculer vers des effectifs pléthoriques. L’auto-administré permet de demander à 20 personnes de réagir à 200 vidéos pendant un forum d’une durée de 15 jours. Le scale porte sur la taille du corpus plus que sur le nombre d’interviewés.
    – Le second registre est celui de l’analyse de contenus et de la sémiologie. Textes, images, discours, contenus d’usagers (reviews), médias sociaux peuvent être observés, comparés et décryptés à une échelle bien plus large.

    Mon commentaire sur un post Linkedin a suscité un débat avec une qualitativiste traditionnelle.

    Voici une synthèse de ce débat : Le débat porte finalement moins sur la possibilité technique d’analyser des corpus massifs avec l’IA que sur la nature même de ce que produit la recherche qualitative lorsqu’elle change d’échelle.


    La position de Daniel Bô : articuler micro et macro

    • Le Big Qual ne vise pas à accumuler des milliers de répondants pour le plaisir des grands chiffres.
    • L’objectif est d’atteindre une masse critique pertinente, suffisamment large pour faire apparaître des variations, des signaux faibles et des régularités invisibles dans de très petits corpus.
    • Les LLM ne sont pas considérés comme des producteurs de vérité, mais comme des outils d’exploration et de synthèse permettant de naviguer dans des corpus complexes.
    • Pour éviter l’effet « boîte noire », les synthèses doivent rester traçables : l’analyste conserve l’accès à l’ensemble des verbatims afin de vérifier les interprétations proposées par l’IA.
    • Le rôle humain demeure central : interprétation, contextualisation et validation restent sous contrôle du chercheur.
    • L’ambition du Big Qual est donc de combiner profondeur qualitative et vision panoramique, en articulant plusieurs formats (entretiens, communautés, enquêtes avec questions ouvertes, vidéos, stimuli multiples).

    L’objection de Susanne Friese : attention à ne pas changer de définition du qualitatif

    • Selon elle, l’analyse approfondie de 20 à 30 entretiens permet déjà d’atteindre une forte richesse interprétative.
    • Lorsque les corpus deviennent très volumineux, il devient difficile de maintenir un véritable human-in-the-loop sans se limiter à des vérifications ponctuelles.
    • Elle considère que l’on obtient alors une autre forme de connaissance, plus extensive que véritablement qualitative au sens traditionnel.
    • Le risque est de laisser croire que l’IA permettrait simplement de « faire du qualitatif à grande échelle », alors qu’elle produit en réalité un objet hybride.
    • Le gain porte davantage sur une vision plus représentative ou plus diversifiée des points de vue, mais pas nécessairement sur l’épaisseur interprétative propre à la lecture rapprochée de quelques cas.

    Le véritable point de désaccord

    Le débat n’oppose donc pas des partisans et des adversaires de l’IA. Les deux reconnaissent l’intérêt des grands corpus.

    La divergence est surtout épistémologique :

    • Pour Daniel Bô, le Big Qual est une articulation des échelles : la profondeur du micro et la capacité du macro à révéler des motifs plus larges sont complémentaires.
    • Pour Susanne Friese, changer d’échelle change la nature du savoir produit : on ne « scale » pas simplement le qualitatif, on produit un autre type de nuance.

    En synthèse

    Le Big Qual ne doit ni être présenté comme le remplacement du qualitatif traditionnel, ni comme une simple extension quantitative. Il invite plutôt à penser une écologie des méthodes, où l’IA permet de naviguer entre deux niveaux de compréhension : la proximité interprétative des cas singuliers et la lecture holistique de corpus étendus. La question centrale devient alors moins « peut-on faire du qualitatif à grande échelle ? » que : comment articuler intelligemment différentes formes de nuance pour mieux comprendre la complexité du réel ?

  • L’IA décuple la puissance du quali à condition de bien définir son rôle 

    Interview de MR Research

    27 Jan. 2026

    IA et Market Research I IA et quali I Méthodologie I Quali I QualiQuanti

    + Retrouver les 3 interviews du dossier

    Daniel Bô - PDG de QualiQuanti

    L’intelligence artificielle (IA) transforme en profondeur les pratiques relatives aux études qualitatives. Elle permet d’analyser des volumes de données importants, de multiplier les angles de lecture. Mais cette puissance nouvelle pose question. Comment éviter que la performance technologique ne produise une illusion d’analyse, et ce au détriment du lien avec le terrain et de la rigueur méthodologique ?
    Selon Daniel Bô, PDG de QualiQuanti, l’enjeu est de repenser la place de l’IA dans le raisonnement et le travail d’interprétation. Il nous partage sa lecture des mutations à l’œuvre et des conditions à réunir pour que l’IA renforce la valeur du qualitatif.

    MRNews : Comment avez-vous apprivoisé l’IA ? 

    Daniel Bô (QualiQuanti) : Avec curiosité. Je me suis intéressé aux aspects théoriques de l’IA, m’y suis formé et je l’ai l’expérimentée. Depuis fin 2022, chaque vague d’innovation — agents, raisonnement approfondi, sources, multimodalité — oblige à revisiter les pratiques. J’ai formalisé ces réflexions dans un Livre blanc, que je remets à jour régulièrement.

    Nous avons établi une charte interne. Pas de shadow AI, uniquement des outils maîtrisés – ChatGPT, Claude, Copilot, Gemini, NotebookLM –, avec des abonnements professionnels. Surtout, nous partageons collectivement nos protocoles : prompts, itérations, agents, grilles de lecture. Cette formalisation va de pair avec une professionnalisation du métier. L’IA oblige à retracer ses hypothèses, ses raisonnements, et ses critères d’analyse. De quoi rendre le processus transmissible, discutable, améliorable. Un atout majeur pour former les équipes et renforcer la montée en compétence collective !

    Quel usage de l’IA vous enthousiasme le plus ?

    Le dialogue réflexif avec l’IA. Une forme de planning stratégique augmenté ! Je l’utilise comme un partenaire de raisonnement, lui soumets des hypothèses, lui demande de mettre au défi des intuitions issues du terrain, de confronter des résultats à des cadres théoriques, et d’explorer des pistes par inférences successives. L’IA permet ainsi de multiplier les angles, de faire émerger des tensions, de produire des lectures croisées, jusqu’à conduire à une analyse socio-culturelle qui transforme des observations en insights actionnables. 

    J’utilise l’IA comme un partenaire de raisonnement, lui soumets des hypothèses, lui demande de mettre au défi des intuitions issues du terrain, de confronter des résultats à des cadres théoriques, et d’explorer des pistes par inférences successives.

    Voici en lien le fruit d’un dialogue expérimental avec l’IA sur le conte de Noël d’Intermarché « Le Mal-Aimé » incarnée par un loup. Réalisé à notre initiative, cette illustration publique montre le champ des possibles et fait réagir la profession.

    Vous évoquez la retranscription IA comme un usage clé. Ce n’est pourtant pas nouveau…

    En soi, la retranscription n’est pas révolutionnaire. Ce qui change, c’est son utilisation massive et quasi-instantanée. Quand on veut exploiter des dizaines d’heures de conférence, de séances d’analyse, de podcasts ou de vidéos, la logique change. Au lieu de se limiter à des souvenirs fragmentaires, on peut exploiter le matériau intégral. Pour les conférences Esomar de Prague en 2025, nous avions exploité vingt-deux heures de conférences diffusées sur YouTube. Ce travail de synthèse a été réalisé en deux heures ! (Voir ici)

    Au-delà de la retranscription, quels autres usages vous paraissent décisifs pour le métier des études ?

    Trois autres exploitations, au moins, sont structurantes.

    Tout d’abord, la synthèse de verbatims à grande échelle — à condition de disposer d’une masse critique et de données propres. Jusqu’ici, face à des volumes importants, on lisait en diagonale ou on passait des heures à les regrouper. Aujourd’hui, l’IA rend possible une lecture systématique du terrain, avec un partage des résultats au fil de l’eau. 

    Ensuite, l’analyse de contenus non textuels : images, vidéos, sons, interfaces, logos et documents visuels. C’est une dimension sous-exploitée. Là où la sémiologie consiste à “démonter le réveil pour mieux le comprendre”, l’IA permet de décortiquer en profondeur des objets, d’analyser des films image par image, de soumettre des corpus à des modèles de décodage.

    Enfin, sans exploser les coûts, on peut proposer des terrains plus riches, plus longs et réinvestir le temps gagné dans l’humain – design des dispositifs, animation, interprétation culturelle.

    Certains opposent rationalisation et extension des possibles. Cette distinction a-t-elle du sens ?

    Opposer ces deux notions serait une erreur. Rationaliser le traitement de la donnée — aller plus vite, absorber plus de matière — rend possible son extension. Parce que certaines tâches sont automatisables, on peut créer des dispositifs ambitieux : des forums plus longs, plus de stimuli mobilisés, davantage d’angles d’analyse. 

    Vous parlez d’« intelligence créative augmentée ». Que recouvre cette notion ?

    Depuis toujours, les études qualitatives sont prises dans une tension. Avec d’une part, une exigence de rigueur : être exhaustif, produire des réponses solides, rendre compte fidèlement du terrain. Et, d’autre part, une dimension intuitive : sensibilité culturelle, interprétation, capacité à faire émerger des éclairs de compréhension. Or, plus les volumes de données augmentent, plus cette créativité se retrouve contrainte par le temps, la lourdeur des traitements et la fatigue analytique.

    L’IA modifie cet équilibre. En prenant en charge une partie de la “charge lourde” — tris, mise à plat, extraction d’éléments révélateurs —, elle libère du temps et de l’énergie mentale pour la valeur ajoutée du qualitatif : formuler des hypothèses, explorer des angles interprétatifs, mettre en perspective et donner du sens.

    En prenant en charge une partie de la “charge lourde” — tris, mise à plat, extraction d’éléments révélateurs —, l’IA libère du temps et de l’énergie mentale pour la valeur ajoutée du qualitatif : formuler des hypothèses, explorer des angles interprétatifs, mettre en perspective et donner du sens.

    Chez QualiQuanti – « creative intelligence » est notre signature –, nous défendons l’idée que les études sont un métier créatif par essence. L’ouvrage de Paul Willis, The Ethnographic Imagination, éclaire cette conviction. L’IA favorise cette approche : elle offre une couverture plus large, systématique du terrain. L’analyste peut assumer une part de subjectivité… une subjectivité éclairée, adossée à une base factuelle sécurisée.

    Concrètement, lorsque des forums auto-administrés précèdent des ateliers ou des visio-réunions, l’IA permet d’objectiver en amont les tendances, les tensions, les récurrences. Le temps collectif final peut alors être consacré à l’interaction humaine, à l’improvisation, et au rebond créatif. Plus la machine structure, plus l’humain peut créer.

    Plus la machine structure, plus l’humain peut créer.

    L’IA permet-elle de dépasser la traditionnelle opposition quali-quanti ?

    Chez QualiQuanti, nous défendons l’idée d’un quali à grande échelle et d’un quanti en profondeur. Cette approche est facilitée par la montée en puissance du recueil auto-administré et de la technologie, comme nous l’expliquons ici. Des universitaires britanniques ont publié en 2023 un ouvrage intitulé Big Qual (Big Qual: Breadth and Depth of Qualitative Analysis). Il plaide pour un élargissement massif du qualitatif. Objectif : combiner profondeur interprétative et volume de données non structurées.

    Communautés, forums, et enquêtes semi-ouvertes produisent des volumes importants de données qualitatives mais leur analyse était chronophage. L’IA facilite le traitement de ces données et encourage à augmenter la taille des échantillons. Pour un forum, on a intérêt à viser vingt participants plutôt que douze si on fait appel à l’IA – elle a besoin d’une masse critique pour tirer les enseignements.

    Exemple concret : durant l’été 2025, pour l’Institut de l’Entreprise, nous avons mené quatre forums de vingt citoyens sur quinze jours, avec une soixantaine de questions par forum. Cela a généré près de mille pages de verbatims (voir ici). Sans un usage de l’IA, le traitement systématique de ces données aurait été impossible. En complément, nous avons animé dix ateliers citoyens. Ils ont donné lieu à trois publications sur la santé mentale au travailla relation école-entreprise, et le travail des seniors. Elles ont fait l’objet d’un travail – humain et sensible –  d’analyse et de rédaction en profondeur, facilités par une classification des données en amont.

    L’IA est le catalyseur du Big Quali. Plusieurs confrères convergent sur ce constat, en utilisant des termes proches : Mass Qualhyperquali ou encore qual-at-scale.


    Venons-en aux pièges. S’il n’y en avait qu’un à éviter ?

    LE piège, c’est l’illusion d’analyse — surtout quand les résultats proviennent d’outils “boîtes noires”. L’IA produit des synthèses structurées, cohérentes, avec un vocabulaire expert. C’est ce qui crée une illusion d’optique : la qualité formelle fabrique une impression de profondeur. On confond alors vraisemblance et vérité. On croit observer le réel, alors qu’on ne fait parfois que générer des schémas plausibles. L’IA doit éclairer le réel. Pas prétendre le remplacer. Elle exige un discernement humain constant. C’est pourquoi, dans nos dispositifs, les verbatims restent accessibles, lisibles, traçables : la synthèse réalisée par IA est clairement identifiable et le client peut revenir aux sources. L’analyse devient auditable, vérifiable, partageable.

    LE piège, c’est l’illusion d’analyse — surtout quand les résultats proviennent d’outils “boîtes noires”. L’IA produit des synthèses structurées, cohérentes, avec un vocabulaire expert. C’est ce qui crée une illusion d’optique : la qualité formelle fabrique une impression de profondeur. On confond alors vraisemblance et vérité. On croit observer le réel, alors qu’on ne fait parfois que générer des schémas plausibles. L’IA doit éclairer le réel. Pas prétendre le remplacer. Elle exige un discernement humain constant.

    Qu’observez-vous du côté des annonceurs ?

    Une vraie curiosité, mais une pratique encore inégale. Les équipes analytics sont généralement à l’aise avec l’IA pour les tâches à même de favoriser des économies d’échelle ; les équipes research sont plus prudentes, parfois sceptiques. Dégradation de la qualité des panels, fraude, répondants assistés par l’IA, perte de confiance interne… La crise gestion de la donnée inquiète

    C’est un point central dans le GRIT 2025 comme dans les échanges Esomar.

    Parallèlement, on voit monter le DIY insights : les marques internalisent les processus routiniers, externalisent ce qui est stratégique.

    Enfin, quels messages clés aimeriez-vous leur faire passer ?

    J’aurais quatre messages à faire passer :

    Si l’IA structure les données et accélère leur traitement, elle ne remplacera jamais le terrain. Les rapports automatisés doivent être lus avec prudence : ils peuvent produire des analyses en trompe-l’œil avec une illusion de compréhension.

    L’IA décuple la puissance du quali, à une condition : bien définir son rôle. Sa valeur tient à la qualité des données confiées et au cadre méthodologique imposé. Concrètement, cela passe à la fois par ce qu’on lui donne à analyser — verbatims, documents, corpus, benchmarks — et par la manière dont on l’oriente – agents spécialisés, grilles d’analyse, itérations, combinaison de modèles

    La transparence est non négociable. Quels modèles ? Sur quelles données ? Avec quels protocoles ? C’est la condition pour préserver la confiance et la valeur des insights. 

    Enfin, les annonceurs ont intérêt à demander à leurs instituts de les former et de documenter précisément leurs méthodologies intégrant l’IA. QualiQuanti propose des formats courts – une heure en visio-conférence –, basés sur des cas d’usage. Objectif : montrer comment l’IA enrichit les études marketing tout en maîtrisant leur coût.


    Pour aller plus loin :

    Résumé du dossier Psychologie magazine de septembre 2025 sur l’IA

    Post avec un mode d’emploi et des astuces sur l’usage de l’IA en quali :

    Synthèse du GRIT 2025 

    Synthèse ESOMAR 2025 

    Conférence HEC alumni sur IA et études marketing de décembre 2025  

    Analyse avec l’IA du loup mal aimé d’Intermarché commenté par des experts de la sémiologie et des études qualitatives 

  • Exemple d’analyse big quali : les lieux de marque

    Alors que Louis Vuitton prépare son hôtel aux Champs Elysées et que sort le livre Store Impact sous la houlette d'Alexis~ de Prévoisin, voici le fruit d'un travail de recherche commandé par SoLocal et présenté au Hub Institute. Cette étude s'appuie sur l'analyse d'une centaine de lieux dont une cinquantaine que j'ai visité. C'est grâce à cette masse d'exemples que nous avons pu élaborer une analyse de la grammaire des lieux.

    Cette étude a donné lieu à un livre blanc accessible en pdf. et une présentation de 135 slides https://www.qualiquanti.fr/wp-content/uploads/2024/02/Panorama-lieux-de-marque1.pdf

    Depuis, il y a plein de nouveaux exemples mais les concepts sont toujours valables. Merci à Gérard Frédéric LENEPVEU de m'avoir permis de faire de multiples voyages en Europe pour explorer les innovations locales et visiter des lieux de marques exceptionnels.

    Le livre "Lieux de marque" met en avant des idées clés sur la réinvention de l'expérience client dans le commerce physique, en réponse à la concurrence numérique. Voici un résumé détaillé des points essentiels :

    1/ Stimulation des affects et des imaginaires : L'acte d'achat s'enrichit d'expériences émotionnelles et sensorielles, transformant le shopping en une activité de loisir et d'évasion, enrichie par l'esthétique et la convivialité.

    2/ Intégration de la dimension esthétique : Les lieux de marque doivent offrir une expérience sensorielle complète, tirant parti de leur environnement physique pour créer une expérience riche et immersive.

    3/ Développement d'univers culturels : Par des stratégies de métonymie (extension d'un univers existant) ou de métaphore (création de liens avec un univers différent), les marques enrichissent leur identité et créent des expériences mémorables.

    4/ Offrir une expérience mémorable : Les marques vendent désormais des souvenirs en plus de produits ou services, en créant des expériences marquantes qui influencent les décisions d'achat à long terme.

    5/ Thématisation pour donner du sens : Les lieux de marque réussissent en s'imposant une ligne directrice qui guide l'expérience client, en s'appropriant des espaces de sociabilité et en mettant en scène leur offre.

    6/ Dimension humaine : La relation humaine est cruciale pour fidéliser la clientèle, mettant l'accent sur la convivialité, la proximité, et la personnalisation de l'expérience.

    7/ Placer le client au centre : Dans les nouveaux espaces de marque, c'est le client qui est valorisé, à travers des interactions sociales enrichies et des expériences personnalisées.

    Conclusion – Le Retail Safari : Encourage les professionnels et particuliers à explorer ces lieux exceptionnels pour vivre des expériences mémorables, mettant l'accent sur l'importance du ressenti personnel et de l'évaluation subjective de l'expérience.

    Ce livre offre ainsi une vision approfondie sur comment les marques peuvent créer des lieux uniques qui captivent les clients par leur richesse sensorielle, culturelle, et émotionnelle, transformant l'acte d'achat en une aventure mémorable et significative.

     

  • L’analyse des mondes virtuels en Big Quali

     

    Bon exemple d’étude Big Quali, l’étude réalisée avec M6 Publicité sur les marques dans les mondes virtuels.

    Cette étude fut l’occasion d’analyser via un dispositif de veille, de sémiologie et d’étude consommateurs des dizaines de jeux de marque sur Roblox, Fortnite et Minecraft.

    Voici en une image le champ des possibles des marques dans les mondes virtuels.
    – Sur la partie gauche de l’image, on voit des avatars très réalistes comme celui d’Elon Musk tout en bas. Plus on monte, plus on va vers des représentations imaginaires comme l’avatar de Bjork en dessin animé.
    – Sur la partie gauche de l’image, sont représentés des lieux (monuments ou lieux de travail) reproduits de façon fidèle en bas. Dans le cadran en haut à droite, ce sont des lieux imaginaires présentés comme des îles ou des pays utopiques (Croco island sur Minecraft pour Lacoste, Wallmart Land sur Roblox).
    Au milieu, il y a les objets virtuels, troisième modalité de présence des marques en plus des avatars et des lieux.

  • Les livrables : diffuser des résultats vivants et inspirants

     

    Les livrables sont un point contact clé des instituts d’études. Voici le chapitre 10 du livre Big Quali consacré à cette question. J’y aborde notamment l’utilisation des photos et des vidéos tout au long d’une étude, l’intérêt des techniques journalistiques et de l’Ux éditorial, l’enregistrement vidéo des présentations en mode slideshare, les modalités de transmission des résultats, les workshops. En complément, voici un document sur « à quoi ressemblent nos livrables ? » : https://lnkd.in/eMK6tXaa

    Téléchargement Big Quali chap 10

    Exemple d’utilisation de la vidéo, le témoignage d’expert enregistré en mode slidecast. Avec le logiciel Loom, Betty Touzeau, https://www.loom.com/share/9e4a91f437ba42899a2f3d0214a2560a spécialiste du e-commerce chinois, a décrypté la page produit de Supor (groupe Seb) sur le site T-Mall en scrollant le site et en commentant au fur et à mesure. Elle passe en revue l’agencement des menus, le choix des influenceurs pour représenter les produits, les mots et visuels utilisés, etc. Pour un public occidental ne connaissant pas bien la culture chinoise, ce cheminement progressif est très éclairant. Les commanditaires apprécient de pouvoir revisionner ces séances d’analyse. 
    Autre exemple d’utilisation de la vidéo pour illustrer une étude, le safari retail  : https://www.youtube.com/playlist?list=PLaU4MnGr46By2Y0xlAV8ODdc88OVHbN0b C’est le principe du retail store tour avec en plus les prises de vues. Cela demande de se déplacer pour filmer en captant la réalité au mieux afin de la restituer. Une technique d’enregistrement vidéo consiste à déam- buler in situ en marchant doucement pendant 1 à 2 minutes avec la caméra à hauteur d’homme. Nous avons utilisé régulièrement cette méthode pour l’étude sur les pop-up stores à la demande de Delphine Beer-Gabel. J’ai eu l’opportunité de filmer le pop-up store d’Havana Club au café A près de la Gare de l’Est en 2015, 2016 et 2017. La comparaison des évolutions est très instructive pour comprendre le potentiel de renouvellement d’un lieu éphémère. Merci à Emmanuel Duverrière et à Bertrand Mialet de m’avoir permis de vivre ces expériences successives. Cette étude a donné lieu à la publication de https://www.qualiquanti.com/wp-content/uploads/2019/03/Livre-Blanc-Pop-up-Store.pdf, une autre forme de livrable, le livre blanc.
  • Comment le Big Quali multiplie les angles de recherche ?

    Le Big Quali consiste à recueillir une grande quantité et diversité de données non structurées (photos, vidéos, retours d’expérience). Voyons l’utilité d’additionner différentes focales dans une étude.

    Dominique Desjeux, anthropologue, recommande de regarder la réalité avec des angles différents et de changer d’échelle d’observation. Il distingue les échelles :
    • macro-sociale des valeurs ;
    • méso-sociale des organisations ;
    • micro-sociale des acteurs sociaux en interaction ;
    • micro-individuelle du sujet et neurobiologique du cerveau.

    C’est parce que la réalité change en changeant d’échelle qu’il faut être mobile avec des méthodologies adaptées à chaque découpage. L’échelle macro est celles des grandes valeurs collectives et des clivages sociaux que l’on trouve dans les enquêtes quantitatives : classes, genres, générations et cultures ethniques, politiques ou religieuses.

    Par exemple, à l’échelle macro-sociale, l’obésité est corrélée avec la pauvreté. À l’échelle d’une famille pauvre, certains vont générer de l’obésité car c’est lié à leur système culinaire ou à l’interaction dans la famille. Selon l’échelle d’observation, l’analyste ne voit pas la même chose.

    Le Big Quali milite repose sur la production de données qualitatives à grande échelle avec une multiplicité de données issues de différentes focales. Cela passe par différents outils : veille à grande échelle, sémio-live, crowdsourcing, bases de données créatives, matrices de découverte, analyse historique, étude macro et micro, études longitudinales, observatoires, questions ouvertes, exploration créative, etc

    Pour une étude sur les marques et le vrac, nous avons utilisé plus d’une vingtaine de focales :
    –      L’état chimique, bactériologique, hydrométrique, visuel des denrées en vrac vendues en GMS (avec la question des mites alimentaires qui génèrent du gâchis l’été)
    –      L’histoire du vrac avec les bateaux (les vracquiers) et la tradition du vrac dans le transport maritime de colza, du charbon, du pétrole, les souks ou dans le domaine textile
    –      La prononciation du mot vrac et ses connotations
    –      La gestion par les fans de vrac de leurs placards et l’ensemble de leur logistique
    –      Le vrac comparé entre différents univers de produits (oléagineux, céréales, biscuits, mochis, macarons, chocolat, confiserie, thé, café, huile, vin, lessive, produits pour animaux, copeaux de bois, parfum, miel, etc)
    –      L’évolution des packagings de produits alimentaires avec des denrées vendues en vrac (ex : riz, oléagineux, mélanges de céréales, avoine, etc)
    –      La vente en vrac dans les autres pays occidentaux y compris chez Waitrose, Whole Foods avec des investigations en suède, Italie, Angleterre, USA, Espagne, etc
    –      Le vrac sur les marchés
    –      Le vrac dans le domaine des fruits & légumes, du fromage, de la viande et du poisson, qui évoluent vers de plus en plus d’emballage
    –      Les initiatives de marques dans le vrac dont Michel & Augustin, Bénénuts, Carambar, Carte Noire, Kellogg’s, Lutti, Panzani, Vichy
    –      Le vrac assisté dans le secteur des épices, du saumon, du thé, du chocolat
    –      Les alternatives au vrac avec les sachets proposant les mêmes produits déjà pesés et emballés à proximité des rayons vrac
    –      Les marques de vrac et la position des distributeurs par rapport aux marques artisanales et aux grandes marques
    –      La gestion des récipients pour transporter les produits en vrac (sachets kraft, bocaux, boites de transport, bouteilles, etc
    –      Les alternatives constituées par la consigne dans les différents domaines où le vrac est présent
    –      La communication des enseignes qui proposent du vrac
    –      Le prix de vente au kilo des produits en vrac par rapport aux produits emballés et la perception de ces prix
    –      Les manipulations des acheteurs qui achètent en vrac, du moment où ils pèsent la marchandise jusqu’à la consommation
    –      Les motivations (majoritairement idéologiques) des acheteurs de vrac
    –      Le vrac dans les circuits de proximité (magasins indépendants et chaînes type day by day)
    –      Le vrac du point de vue des commerçants qui ont développé cette activité
    –      La médiatisation du vrac avec différents reportages à la télévision
    –      La législation qui a été voté pour imposer le vrac dans les surfaces de plus de 400 m2
    –      Le vrac du point de vue des responsables de rayon, qui doivent gérer la démarque inconnue, les erreurs de pesée, les problèmes d’hygiène et d’abandon d’achat
    –      L’analyse statistique des gros consommateurs de vrac qui montre une corrélation avec le fait d’être bio, vegan, contre les produits transformés avec une préférence pour les marques artisanales
    –      L’utilisation des nouvelles technologies dans le vrac en Asie ou aux Etats-Unis

    Ce constat confirme l’intérêt d’une hybridation méthodologique. Il milite pour combiner données structurées et non structurées, collectif et individuel, zoom arrière sur le secteur et zoom avant sur le produit, observation et interrogation, sémiologie et ethnologie, consommateurs et experts avec une capacité à associer des compétences interdisciplinaires.

    Ce post suit https://lnkd.in/eAt9jWUn

    Voir la version Linkedin avec commentaires ci-après.

    (suite…)

  • L’anthropologue Dominique Desjeux explique l’importance de multiplier les points de vue sur une recherche

    Le Big Quali se justifie par la nécessité d'aborder tout sujet d'étude à différents niveaux : géographique, historique, sociologique, psychologique, pratique, micro-biologique, symbolique, économique, du point de vue des jeux des acteurs, etc . Voir également ce texte de 98 avec un exemple sur la santé : https://consommations-et-societes.fr/wp-content/uploads/2017/08/1998-SHS-ECHELLE-CONSOMMATION.pdf

  • Etude sur le product content réalisée à partir de plus de 500 exemples de fiches produit : extrait et compte-rendu

    Le product content est la pierre angulaire de la conversion vers la vente. Pour en savoir plus, voir ce slidecast.

    Sur les sites de e-commerce, la fiche produit accompagne le prospect dans sa délibération d’achat. L’acte d’achat est le résultat d’un processus, qui consiste à peser les options, scruter l’objet, le comparer, regarder les avis, déterminer sa préférence et, finalement, prendre sa décision. Ce processus comporte différentes étapes, de la compréhension de l’utilité du produit à l’arbitrage, jusqu’à la projection dans l’usage.

    Le choix des contenus est donc essentiel pour aider le consommateur à se décider. Ils devront inclure les informations incontournables, dont les photos de l’objet dans tous ses aspects, des mises en contexte d’usages, le prix, les avis clients pour nourrir la délibération, les modalités de paiement et de livraison, etc. L’approche informative doit ici être complète, détaillée, bien structurée, orientée usages ; et raconter le produit et la marque d’une manière visuelle en donnant une capacité à comparer. C’est le product content, un contenu conçu pour aider le consommateur à choisir et à utiliser un produit

    En regroupant tout à la fois les fonctions jouées initialement par la publicité, le packaging, le catalogue, le bouche-à-oreille et le lieu de vente, la fiche produit peut y devenir page produit, un espace digital multimédia riche et innovant, ouvrant la voie au product content et permettant ainsi de convertir plus facilement le consommateur.

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